En ce matin frisquet du début d’automne à Toronto, un souffle froid flottait dans l’air. Arrivée à l’école peu avant huit heures, Chin-Fen Tseng pensait que sa famille serait la première sur place. Pourtant, Wen-Yi Tan était déjà là, arrivé avant eux. La vue de sa silhouette familière la rassura immédiatement.
C’est avec une certaine appréhension que Chin-Fen Tseng franchit à nouveau les grilles de l’établissement qui faisait partie de sa vie depuis plus de dix ans. Autrefois, elle y entrait en tant qu’enseignante — détendue, sereine, concentrée uniquement sur la qualité de ses cours et sur le bien-être de ses élèves. Mais aujourd’hui, tout était différent. Chin-Fen Tseng faisait son entrée en tant que directrice, un lourd sentiment de responsabilité sur les épaules et un changement profond dans son état d’esprit.

Le soutien et l’amour des bénévoles
Gratitude, respect et amour : les plus belles interactions entre les êtres humains. Rapidement, les bénévoles commencèrent à arriver, exécutant avec dextérité les tâches qu’ils avaient déjà accomplies d’innombrables fois. En tant que nouvelle directrice, Chin-Fen Tseng se retrouvait dans un rôle de gestion. Pourtant, les bénévoles prenaient toujours le temps de lui demander : « Directrice, cet arrangement vous convient-il ? » Ce geste attentionné n’était pas une simple formalité, mais le reflet de la chaleur et de la bienveillance uniques propres aux bénévoles de Tzu Chi. Leur délicate considération pour ses sentiments fit naître chez Mme Tseng un profond sentiment de soutien.
Plusieurs bénévoles chevronnés avaient fait le déplacement spécialement pour donner leurs bénédictions à l’école. Même s’ils ne pouvaient pas venir chaque semaine, ils lui promirent de revenir aider dès qu’il y aurait besoin. Ces paroles furent pour elle un puissant réconfort. La distribution des uniformes et des manuels se déroula dans un ordre parfait, accompagnée des sourires des bénévoles, et peu à peu, les inquiétudes de Chin-Fen s’estompèrent.
Depuis le moment où elle avait accepté la direction de l’école, Chin-Fen était habitée par l’anxiété — la peur de ne pas être à la hauteur. Pourtant, les bénévoles la rassuraient sans cesse : « Ne vous inquiétez pas, tout se passera bien, tout sera parfait. » En observant chacun s’investir avec joie dans son travail, elle fit une promesse silencieuse : elle ne devait pas trahir cette confiance ni cette responsabilité.


Un changement de rôle et de nouveaux défis
Le succès naît de la préparation ; l’échec, du manque de préparation. Être enseignante et être directrice sont deux choses tout à fait différentes. Autrefois, Chin-Fen n’avait qu’à se concentrer sur ses cours et ses élèves, ce qui lui apportait la tranquillité d’esprit. Désormais, en tant que directrice, elle devait interagir avec davantage de personnes et gérer une plus grande diversité de sujets, exigeant planification, organisation et coordination. Elle devait apprendre à trouver l’équilibre entre des opinions parfois divergentes. Il s’agissait pour elle d’une toute nouvelle pratique spirituelle et d’une épreuve de caractère.
L’adversité est un creuset qui affine la vie et un point de départ pour la compassion. Le premier jour d’école, elle fut entourée non seulement de bénévoles, mais aussi de parents venus partager leurs histoires et leurs préoccupations.
Une mère raconta à Chin-Fen que sa grand-mère faisait partie des quinze personnes portées disparues après le typhon Krosa à Hualien. Elle décrivit ces trois jours comme une souffrance interminable pour toute la famille. Face à une telle douleur, les mots semblaient vains. Chin-Fen ne put que la serrer dans ses bras et lui dire : « Nous, à Tzu Chi, sommes tous là pour vous soutenir. Chaque fois que vous aurez besoin, nous ferons notre possible pour vous aider. »
La mère l’enlaça fermement, laissant couler silencieusement ses larmes. À cet instant, Chin-Fen comprit plus profondément encore l’impermanence de la vie et se rappela qu’il faut chérir chaque moment.
Inspirer la bonté et guider les enfants dans la prière
Planter une graine de bienveillance peut un jour donner naissance à une forêt. En réponse au désastre de Hualien, Chin-Fen invita tous les élèves dans le hall principal de l’école pour prier pour les victimes. Les enfants étaient peut-être trop jeunes pour en saisir toute la portée, mais elle croyait que ces quelques minutes de prière avaient déjà semé dans leurs cœurs la graine de la bonté. « Puisse-t-elle leur apprendre à reconnaître, à chérir et à créer des bénédictions. Puissent-ils apprendre à être des donateurs qui aident les autres et, ce faisant, à devenir des bienfaiteurs dans la vie d’autrui. »

Le but de l’éducation n’est pas de transformer les enfants en quelqu’un d’autre, mais de les aider à devenir la meilleure version d’eux-mêmes. Cette première journée en tant que directrice fut un mélange d’émotions : nervosité et profonde gratitude. L’ampleur de la responsabilité rappela à Chin-Fen d’appliquer la sagesse des Aphorismes Jing Si dans sa démarche éducative. Elle espère qu’à travers chaque occasion d’apprentissage et chaque interaction, elle pourra intégrer les valeurs humanistes dans la vie quotidienne, au bénéfice des enfants et de leurs familles.
L’éducation n’est pas une tâche à court terme, mais un long chemin de culture intérieure. Chin-Fen est prête à apprendre et à s’adapter sans cesse sur cette voie, grandissant aux côtés des enfants tout en poursuivant sa propre évolution.